« Et tu vas le trouver où, l’argent ? »

Jour de semaine, heures creuses du milieu de l’après-midi.

Tu es venu chez moi écrouler ta fatigue. Assise à tes côtés, j’écoute le récit de tes années de galère, sans travail stable ni argent, sans vacances depuis si longtemps. Et cette petite phrase -dont je sais déjà qu’elle restera en moi pour toujours comme un sanglant uppercut- qui raconte que tu ne te sens même plus capable de ne serait-ce qu’imaginer prendre un billet de train pour t’échapper de ce cauchemar.

J’absorbe ton angoisse, ta colère, ta résignation. Ce sentiment que tu vis d’être démuni de tout, jusqu’à la plus petite parcelle d’estime de toi.

Doucement, pour faire face à cette détresse qui t’accable, je déroule l’un après l’autre les gestes de l’hospitalité : te préparer un verre, ouvrir un paquet de cigarettes, m’assurer que tu n’as pas faim.

Tout en tentant d’accueillir avec calme ce que tu acceptes de me livrer, je suffoque sous la virulence de l’étau qui me broie le cœur. Je ne reconnais que trop bien ce mélange de peine et de révolte qui me saisit immanquablement face à la souffrance exprimée par autrui.

Tous ces amis autour de moi qui se désagrègent lentement parce qu’ils n’ont plus de travail. Qui vivent à chaque instant de leur vie la violence générée par l’exclusion. Qui, coupés de tout, n’arrivent même plus à se sentir corps et âmes vivants.

Soucieuse de te faire comprendre mon refus d’accepter sans réagir cet état de fait qui m’est à proprement parler insupportable, j’évoque mon projet d’une plateforme qui aurait pour objectif de collectiviser des dons sans contrepartie pour donner à chacun les moyens de résorber ses dettes et pouvoir repartir ensuite sur de nouvelles bases. Ta réponse est sans appel : « A part des idéalistes comme toi, personne ne va le faire sans certitude de rétribution. »

Le même malaise que celui ressenti ces derniers jours à l’écoute des débats sur le revenu minimum universel ressurgit d’un coup. Comment se fait-il qu’une telle majorité de gens soit aujourd’hui dans l’incapacité absolue d’envisager comme fondement de la plus essentielle humanité l’idée de partager avec tous de quoi garantir une existence digne à chacun ? Et ce d’autant plus si l’on songe qu’il n’y a encore pas si longtemps, lorsqu’une tribu capturait un gibier, il était entendu que ce butin serait divisé en proportion des besoins vitaux de ses membres.

Que nous est-il arrivé ?

Enregistrer

Publicités

4 Commentaires

Classé dans Uncategorized

4 réponses à “« Et tu vas le trouver où, l’argent ? »

  1. C’est malheureusement la déshumanisation des êtres, à cause de la maladie du « paraître ». La peur de perdre son travail, son habitation, etc.. Dans quelques années, il n’y aura plus d’interlocuteurs physiquement, dans les commerces, les banques, etc.(voyez l’accumulations des caisses automatiques sur le sol national) Personne ne réagit vraiment et alors on s’étonne. Ce n’est pas parce que l’évolution est un progrès, qu’il faut accélérer les contrasses, créer des populations parallèles qui se détestent et continueront à s’affronter. Ou bien fabriquons encore plus d’injustices ! Que nous arrive-t-il ? Ce que la population à chercher depuis des ans, en n’étant pas observateur, disciplinée à l’analyses des événements, depuis plus de cinquante ans. Rien n’est gratuit, celui qui est puni, est celui qui parce qu’il n’y a pas de surveillance, fait n’importe quoi. Pas vu, pas pris… Tout cela sera bientôt fini dans quelques décennies, nos enfants ne seront plus que des matricules, des clones. Alors révoltons nous, il est encore temps, quoi que ? Ou alors continuons à donner des bâtons, pour nous battre, nous exploiter, tous les jours, aux politiciens et aux administrations. (Je vous épargne les banques, les industriels, etc.)
    (Ces propos n’engage que moi, merci de me laisser m’exprimer, mais vous, je vous invite cordialement à me répondre dans votre sens et sans cérémonie, il a tant de choses à exprimer, échanger, analyser,etc, même si nous ne pensons pas pareil. Ce sont les discutions franches qui enrichissent l’esprit, non pas la retenue. Merci.

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour, merci pour votre accueil. N’hésitez pas à visiter les pages de TonyDupuy.Wordpress.com. Vous serez le bien venu et vous pourrez laisser vos commentaires et au besoin participer à une sorte de début de »mieux vivre ensemble ». Cordialement.

      Aimé par 1 personne

  2. Bonjour à vous, soyez la bienvenue à la lecture de mes pages, je ferais de même pour les vôtres. Je suis contre le sens unique et pour le partage.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s