« Tu es une erreur de calcul »

Tout s’est déroulé comme prévu. Eros, pathos, Thanatos.
Au réveil, j’ai capitulé.

Le temps a filé, l’amour un peu duré. Il y a quelques jours, la guerre a éclaté, et nous sommes passés du conte de fées au conte défait.

Notre histoire. Pure fiction qui cède ce matin face à la crudité de la réalité, à la façon dont ce conflit a révélé ce que chacun de nous s’en est raconté intérieurement, dont toi ni moi n’avons jamais rien su. Parce que je n’ai pas osé poser les bonnes questions, que tu n’as pas voulu y répondre. Que nous avons l’un comme l’autre négocié avec notre peur de l’abandon, notre mauvaise conscience, nos ambitions, la force de notre désir.

Tout au début de notre relation, je t’ai demandé : « Tu es content de me voir ? ». J’ai alors allumé un incendie, et l’histoire s’est consommée jusqu’à se consumer.

J’ai aussi payé cette phrase. Une toute petite, l’histoire de ma naissance telle que racontée par mes parents : « Tu as été une erreur de calcul, mais après on était très contents que tu soies là. » J’en ai toujours déduit que si j’existais du fait des conséquences d’une libido incontrôlée, je ne devais donc d’être là qu’au hasard. Pas vraiment désirée, en quelque sorte illégitime.

Avec toi, comme avec ceux qui t’ont précédé, je n’ai depuis cette révélation cessé de vérifier que les aléas du désir n’étaient pas seuls responsables de ma présence dans ta vie, que tu étais content que je soies là, légitimement.

Question posée une fois de trop, et nous avons pris les armes.

Momifiée dans mes draps et couverture, je sais depuis ce matin que nous avons beau  croire que nous choisissons d’aimer une personne, nous le faisons en réalité pour la réponse que nous lui demandons d’apporter à ces petites phrases que chacun d’entre nous porte en lui. Avant le sujet, l’objet.

Les volets sont fermés, je tente de faire de ce chagrin un repos. De me dire que ce matin, le soleil se lève aussi. Les dernières phrases du roman éponyme d’Hemingway me reviennent à l’esprit :

« Oh, Jake, » Brett said, « We could have had such a damned good time together. »
« Yes, » I said. « Isn’t it pretty to think so? »

(The sun also rises, E.Hemingway)

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8 Commentaires

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8 réponses à “« Tu es une erreur de calcul »

  1. Très beau texte. Tu fais mouche à tous les coups.

    Il y a une question dans « Je t’aime »

    Aimé par 3 people

  2. Grand bien me fait de vous lire. Toujours. Providentielle erreur que celle d’une si belle plume smashant ces « underground feelings » tel un uppercut en pleine interface

    Aimé par 1 personne

  3. helenemapo

    C’est magnifique, encore une fois !
    Tu te livres avec une telle grâce, une telle retenue que l’émotion est toujours au rendez-vous..
    Alors, laisse nous te dire qu’on est content de te voir. Sans poser la question.
    Et même, laisse nous être content de te voir sans te le dire.
    Existe, simplement.
    Habite pleinement ce que tu es, sans interrogation.
    Célèbre ce merveilleux hasard !
    Nul besoin alors de réponse.

    Aimé par 1 personne

  4. jpgraveur

    Perso, j’aime bien les histoires des « gens » !
    Vous racontez bien !

    Aimé par 1 personne

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