« M’excuser ? Tu peux te gratter. »

4heures du matin. Ma nuit est terminée. Heure noire, de celles lors desquelles plus rien ne paraît possible, tout devient insurmontable.

Logé dans mon plexus solaire, un point de douleur résiste, n’arrive pas à se dénouer. Cela fait plusieurs jours que je pressens que l’onde de choc provoquée par le dénouement chaotique et violent de notre histoire a brisé un élan, une confiance fondamentale.

J’ai ressassé, revisité mot à mot nos dialogues, mis de côté les mots qui dénigrent et blessent, évacué la subjectivité sans issue de la mise en miroir des ressentis, décortiqué la mécanique… et pourtant, le point nodal de ma capitulation m’échappe, encore et toujours.

Pour éliminer le stress corollaire à cette impasse, je tente de respirer, profondément. Inspiration, expiration, et soudain inspiration.

Lorsque je t’ai mis face au point de départ de nos hostilités, en t’expliquant que le fait exercé à mon encontre n’était pas en lui-même responsable de ma colère, mais bien plutôt ce qu’il exprimait comme absence totale de respect et de considération pour ma personne et les sentiments qui m’animaient à ton égard, tu as dit :  « j’ai tout de suite regretté. » Mais peu après, lorsque je t’ai demandé de faire amende, tu as répondu « M’excuser ? Tu peux te gratter. »

Regretter ou s’excuser ? Je tiens mon point nodal.

Regretter, c’est reconnaître un fait, déplorer l’avoir commis. Mais c’est aussi une reconnaissance unilatérale de la part de la personne à l’origine du geste. Qui concerne ce qu’elle a pensé de l’amoralité de son geste, mais exclut de facto la victime. Je regrette ce que j’ai fait, cela ne veut pas dire : je regrette ce que je T’ai fait.

Se reconnaître responsable de ses actes, c’est le fondement de notre dignité. Cette dignité première qu’en cas d’agression, on reconnaît à tous lors d’un procès, même aux fous. Ne pas présumer quelqu’un coupable, mais le penser toujours responsable. Parce que c’est notre humanité même qui est en jeu, et que l’absence de ce postulat nous relèguerait au rang de l’animal. Cet animal que notre imaginaire dédouane de toute responsabilité de nuire sans but autre que de se défendre ou de tuer pour se nourrir.

S’excuser, en revanche, c’est réintégrer sa victime dans le principe d’action-réaction. Assumer que nos actes nous rendent redevables de les avoir commis aux yeux de l’autre, et partant, qu’il faut solder cette dette, rembourser les dommages commis. Non pas pour régler nos comptes et désigner un créancier et un débiteur ou encore établir une culpabilité unilatérale, mais bien pour se désigner faillible.

Être humain, c’est être faillible. S’excuser ne devrait d’ailleurs jamais avoir à dire autre chose, comporter quelque dette que ce soit. Quand je t’ai demandé de le faire, il ne s’agissait pas de te faire payer le préjudice subi, mais de me dire simplement « Je suis faillible, je te demande de m’en excuser. »

Tu m’aurais permis de te répondre que je comprenais, puisque faillible, je le suis tout autant que toi. Cela m’aurait permis de passer de la compréhension au pardon, parce qu’humains, nous le sommes tous, après tout.

Et même après tout.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Publicités

9 Commentaires

Classé dans Uncategorized

9 réponses à “« M’excuser ? Tu peux te gratter. »

  1. Enregistré chère Esther ! Très beau texte que je lis avec un sourire, une des manifestations de mon plaisir. Un sourire si franc que m’a fille m’a demandé « Mais pourquoi tu souris ? », je lui ai répondu « Mais parce que c’est un article que je trouve très bien », « cette bloggeuse devrait sérieusement penser à se faire publier », ai-je ajouté. En fait le sourire est venu avant même que je te lise. Un réflexe pavlovien. Un réflexe conditionné plus précisément. Tu sais comment ça ce passe ? Bon, je t’explique au cas où. Si tu fais précéder chaque repas que tu donnes à ton chien d’un signal, quel qu’il soit, par exemple tu claques dans les doigts, tu chantes la marseillaise, tu lâches une caisse (ce dernier signal a la caractéristique et l’avantage d’être olfactif et sonore, enfin c’est un avantage pour lui si le chien est sourd et un désavantage pour ton couple si tout est rentré dans l’ordre avec ton ex et qu’il n’a pas une rhino-pharyngite, le nez bouché quoi, il risque de regretter d’être revenu ) ton chien au bout de quelques répétitions va saliver avant même de voir sa gamelle et bien moi, en voyant ton avatar qui m’annonce un de tes écrits je ne salive pas mais je souris.

    Je ne devrais pas te dire ça, que tu devrais publier, parce qu’alors pour te lire il faudra payer. Alors oublie ce que je viens de dire, tu n’as aucune chance, aucun éditeur de voudra de toi, c’est comme ça, il faut que tu l’acceptes, tout le monde n’est pas Victor Hugo ! Mais ça ne veut pas dire que tu n’as pas de qualité, je suis sûr que tu es une très bonne maîtresse, pour chien. 😉

    Tout à fait d’accord avec toi, regretter ça n’est pas pardonner et c’est la raison pour laquelle, les hommes politiques, quasiment systématiquement, ne s’excusent pas mais disent regretter et parfois ils n’admettent tellement pas d’être faillible que pour bien qu’on comprenne ils ajoutent à « je regrette », « si j’ai choqué » ou bien « si j’ai fait de la peine ». Ils ne remettent ainsi pas en cause leurs propos mais ceux qui s’en plaignent, leur sensibilité mal placée. Il y a aussi ceux qui font les deux à la fois, qui regrettent et s’excusent en même temps, c’est le cas de Fillon , »En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd’hui suscite la défiance. C’était une erreur, je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français. » Quand il a prononcé cette phrase j’ai entendu dans la presse et autour de moi dire, « Il s’est excusé ». On pourrait me dire, « mais tu vois Vincent, tu dis des conneries, il y en a qui s’excusent ! » et bien je dis non, que j’ai raison même si il s’excuse ; il s’est excusé de faits qu’on ne lui reproche pas, de faits qui ne sont pas des fautes. Il a le droit d’employer ses proches, d’autres députés le font, ce qu’on lui reproche c’est de les employer fictivement. Et voilà comment il ne s’est toujours pas excusé d’avoir tapé dans notre caisse pour satisfaire à ses goûts de luxe.

    Fillon est un filou.

    Aimé par 3 people

    • Je suis rouge tomate 🙂 Je prends le temps de te répondre plus amplement ce week-end. Merci de tes mots.

      J'aime

    • En relisant ton commentaire, et à cette question de me faire éditer, je pense que quelque chose m’en empêche. A savoir la gêne que constituerait pour moi de m’auto-proclamer publiable 🙂 Si quelqu’un doit en décider, je préfère que cela ne soit pas moi, j’y verrais une forme d’imposture intellectuelle. Ce qui me paraît en l’occurrence bien plus précieux est de penser que mon avatar fasse à lui seul que tu soies content de me voir. Et surtout de penser que ce que je partage avec vous lecteurs te soit « éclairant ». Tenter de penser sa vie comme je le fais est une chose qui me délivre, mais – dans cette caverne des idées qu’est toujours notre siècle- que tu apportes à mes textes le crédit d’éclairer aussi la tienne est bien plus important pour moi. Cela me semble en soi tout à fait suffisant pour ne pas avoir besoin d’une reconnaissance à plus large échelle ^^

      J'aime

  2. J’ai mis un « à » dans la dernière phrase. Il n’a rien à y faire tu peux l’enlever s’il te plait ?

    J'aime

    • je ne sais pas, en tous les cas, je n’y arrive pas 🙂 Tiens au fait, je sais pourquoi tu as raison quand tu dis que FIllon même en s’excusant ne s’est pas excusé. Il a dit qu’il « présentait ses excuses ». Or, on ne dit pas « je m’excuse », mais « excusez-moi, ou mieux, je vous prie de m’excuser ». Ce qui revient à dire que ce n’est pas à lui de s’auto-excuser, mais à lui de DEMANDER aux français de le faire (ou non ^^) pour lui. Y mettre les formes, et surtout la bonne, c’est une question de fond, et ça marche pour tout dans la vie 😀

      Aimé par 1 personne

  3. Oui. C’est ça, Esther. Votre analyse est juste, parfaite.

    J’aurais certainement fait comme vous et demandé des excuses la où l’on m’avait déjà présenté des regrets.

    Mais je ne suis parfait.

    Dans certains cas, on sent que celui qui exprime ses regrets n’est pas allé jusqu’au bout. Il est légitime, alors, de lui demander des excuses.

    Mais ça peut être le contraire. Une façon de pousser son avantage un peu injustement.

    Les deux sont concevable. Je m’imagine assez bien faire tantôt l’un et tantôt l’autre.

    Mais tout ce que vous dites est juste et éclairant.

    D’un autre côté,

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s