« Donne-moi l’immunité »

Dimanche, 19h. La mise en miroir aura été imparable : ce dernier mois, dans l’actualité politique comme dans la mienne, ont prévalu invectives, insultes, dénigrement.

Il y a quelques semaines, en préambule d’une discussion sensible, tu as prononcé cette petite phrase : « Donne-moi l’immunité ». Si je me souviens y avoir alors entendu ton souhait de ne pas subir a priori de procès d’intention sur le fond, je me rappelle m’être tout autant concentrée sur la forme de ce que j’allais te dire. La tension était palpable, il y avait urgence à  t’offrir une parole impeccable. Lorsque ta colère a atteint son paroxysme, j’ai tenu bon, en dépit de la mienne. Je savais d’expérience que la moindre insulte ferait déraper l’échange.

A l’issue de ces semaines de règlements de comptes, je sais plus que jamais qu’en amour comme en politique, au jeu des chiffres, ce sont les lettres qui font que le compte est bon. A une condition : que les mots qui façonnent notre langage ne dénigrent jamais, aussi forte que notre envie puisse parfois nous pousser à le faire.

En nous permettant de nommer, nuancer au plus près notre ressenti et nos émotions, les mots nous font humains, placent ce postulat au cœur de l’échange, et surtout donnent au langage son fondement et sa raison d’être. C’est ce que le soufisme – le cœur spirituel de la tradition islamique – appelle la voie ou sentier, celle qui permet d’aller de l’« écorce » des mots vers le « noyau » du sens, avec pour objectif de faire rayonner notre humanité sur toute la circonférence de la terre.

Lorsque la parole cède à la violence, notre défaite est totale. L’échange devient parodie, toute velléité de compréhension se stérilise. Quand j’ai essuyé ta première insulte, quelque chose en moi s’est tu.

Pour toujours.

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13 Commentaires

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13 réponses à “« Donne-moi l’immunité »

  1. Il m’a rendu le but, la raison d’être de l’exercice du langage : témoigner de l’homme, encore de l’homme, toujours de l’homme, pour qu’un jour se lève enfin, de toutes les poitrines mêlées dans le même flux d’amour et de compréhension, une aurore formidable.

    André Laude, Extrait d’un hommage à René Guy Cadou

    http://www.larevuedesressources.org/hommage-a-rene-guy-cadou,1679.html

    Donne moi ton humilité

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    • Quel cadeau que ce texte, Vincent. La façon dont tu entends et rebondis sur ce que je partage ici me permet de continuer à croire à l’aurore.

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      • Ça te permet de rebondir à ton tour. On fait du trampoline. Sinon, comme tu l’as vu, cet extrait est issu d’un texte du poète André Laude pour lequel je voue une admiration grandissante. Je m’évertue à le faire connaitre. J’apprends à cette fin actuellement par coeur un de ses textes pour être capable de le déclamer, j’aime déclamer les textes que j’aime. Ca s’appelle Poésie Urgente, un texte d’une très grande actualité écrit en 1990. « … À l’heure où les politiques s’épuisent, où les tyranneaux prolifèrent, où les nationalismes, les intégrismes se réveillent, où la pauvreté enflamme les têtes autant que les slogans stupides et simplistes, la poésie est d’abord et avant tout « Une arme miraculeuse » (Aimé Césaire) pour la Résistance. Totale. Irrécupérable. Sur tous les fronts. »
        Je vais faire aussi une émission de radio sur lui, il ne me reste plus que le montage de l’interview que j’ai fait avec André Cuzon, le président de l’association des amis d’André Laude. Outre son écriture, ce qui me plait chez lui c’est qu’il avait la poésie chevillée au corps, je ne suis qu’un amateur très récent de poésie, pas d’études de lettres, je fais mes affaires dans mon coin mais pour moi et certains autres c’est un très grand poète de la seconde moitié du 20 siècle, André Cuzon dit dans l’interview au sujet du fait qu’il était peu lu, « On a mis deux ans pour découvrir Villon, lui ça fait que douze ans qu’il est mort ».

        Bon lundi fraternel et rebondissant. Bong… Bong… Bong…
        Pour ce coup si la république ne s’en sort pas trop mal mais à pris quand même un sacré coup derrière la calebasse, une millions de frontistes et des millions d’abstentionnistes qui risquent de rejoindre les premiers bientôt, le plafond de verre a pété.

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  2. Erratum, 200 ans pour Villon

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  3. Erratum, 11 millions d’aébstentionistes, l’antichambre du FN.

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  4. Je pars sur les traces d’André Laude. A suivre 🙂

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  5. Oh ! Que tout cela est vrai, Esther. Et qu’on met parfois longtemps à s’en rendre compte, tant de temps qu’il est parfois trop tard pour rattraper les paroles parties…

    Apprendre à parler, à dire seulement le vrai et et le juste, et non ce qui nous passe par la tête qui n’est souvent que de la violence décorée de mots et qui fait insulte au langage.

    Il y a peu de temps, en définitive, que j’ai appris à respecter les mots. C’est bien que vous le sachiez.

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    • J’ai encore du chemin à faire, Aldor… Mais comme vous, j’essaie.

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    • Ca serait pas un peu ton métier aussi, le mot juste ?

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      • Si fait, Vincent 🙂 J’ai longtemps exercé dans la publicité, en tant que conceptrice-rédactrice. J’y ai appris le mot efficace. Depuis, je m’essaie au mot juste. Beaucoup plus nourrissant, mais beaucoup plus compliqué…

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      • Je posais la question à Alder en fait, un de ses articles me l’a fait penser que le mot juste était son métier, mais je crois que tu l’avais compris vu le smiley… Le mot juste c’est celui qui nous libère. C’est un mot qui provoque en nous une émotion. C’est le mot qui vient alors qu’on ne l’attend pas, je veux dire à alors qu’il fait irruption sans préméditation, alors qu’on écrit ou que l’on se confie à quelqu’un, à son psy ou à un ami par exemple, un mot qui va parfois jusqu’à nous faire pleurer, de joie, la libération. Le mot juste nous sauve de nos maux. « Les justes » c’est comme ça que les juifs ont appelé ceux qui les ont sauvé des nazis. Mais un mot, sans personne pour l’entendre, ça n’existe pas, c’est du bruit, des ondes sonores. Il faut quelqu’un pour l’entendre pour que ça devienne un mot. On ne parle jamais tout seul même quand on est seul. C’est pareil quand on écrit, c’est pour cela qu’on le fait d’ailleurs, pour ne pas être seul.

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      • Bonjour, Vincent. Non, pas vraiment. Parfois (j’en avais effectivement parlé) ça fait partie du job; mais fondamentalement, non.

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