« Reviens quand tu es calmée. »

Vendredi, 2 août,Overshoot Day. Jour du dépassement, arrachement intérieur.

Petit matin frileux, l’insomnie est revenue et, avec elle, les réveils aléatoires. J’en ai pris mon parti, fait de ces insurrections hagardes du corps un temps de libération inespéré. Les sensations des échappées solitaires à l’aube des étés de mon enfance, pieds nus dans l’herbe humide et peau piquetée de chair de poule ne sont pas loin. Réminiscences de la tentation toujours latente de fuir, fracturer les portes de la prison dorée de la sujétion à l’adulte. S’en aller, laisser derrière soi. Sortir des limites imposées, pour se confronter à la peur indicible d’être abandonné, y découvrir en contrepoint possible la joie violente d’abandonner à son tour. Préambule nécessaire pour s’abandonner ensuite à ce qui est, qui vient.

Le jardin est dense, planté d’arbres, dont quelques peupliers. Le calme y règne encore pour quelques heures, froissé de temps à autre par le bruissement doux et continu des feuilles dans la brise discrète.

J’aime les peupliers, leur ramure argentée, leur souplesse dans le vent, j’y ploie avec eux. C’est une danse secrète et partagée, dans laquelle je sors de mon enveloppe corporelle pour entrer en continuité avec le vivant. Un temps hors du Soi, qui abolit les frontières à l’intérieur desquelles  nous confinent nos vies urbaines, nos occupations matérielles, et font que nous n’avons même plus conscience de notre environnement, devenu abstraction pure.

S’y noue un dialogue sensoriel et silencieux, sans enjeu. Le soleil pointe, et je contemple ce qui par nature est sans intention : les arbres, le paysage. Beaux parce qu’ils sont, rien d’autre. D’autant plus reposants qu’avec eux, l’on peut converser, dans le sens premier de l’origine latine qui veut dire vivre avec, et n’a pas d’autre signification. Si nos échanges humains pouvaient s’en inspirer, peut-être y trouverions nous enfin le calme nécessaire pour revenir à nous-mêmes, et ensuite à l’autre.

Mais aujourd’hui est mon « overshoot day ». Jour du dépassement, de ceux lors desquels on laisse derrière soi, après l’avoir rejoint, quelque chose ou quelqu’un. Un point comme tant d’autres dans cette « suite liée d’éclatements qui nous arrachent à nous-mêmes, ne laissent même pas à un « nous-mêmes » le loisir de se former derrière eux, mais nous jettent au contraire au-delà d’eux, dans la poussière sèche du monde, sur la terre rude, parmi les choses. » (Sartre, Situations I,1947, p. 34)

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4 Commentaires

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4 réponses à “« Reviens quand tu es calmée. »

  1. helenemapo

    Respect !

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  2. Arg ! Jusqu’au bout, on attend que le titre s’éclaire. Et on reste dans le noir (même si l’on se doute de l’auteur de l’apostrophe et que ce fut Esther qui fut ainsi apostrophée).

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    • C’est vrai Aldor, et j’ai voulu être plus elliptique sciemment cette fois-ci. J’ai pensé qu’en parlant du calme procuré par la contemplation et en l’associant à un point de non-retour, j’éclairerais cette impossibilité à répondre désormais à l’apostrophe dont vous avez bien pressenti l’auteur et la destinataire. Mais c’est à vous , lecteur(s), que je m’adresse, et si l’incompréhension domine, je m’en vais réviser ma copie à l’avenir 🙂

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