Archives de Tag: amitié

« Je vous aime et j’ai eu une bonne vie. »

Le téléphone a sonné, une dose surnuméraire de vaccin m’attend. J’ai embrassé mes enfants, puis claqué la porte.

Beau temps mer d’huile. Caillot de sang ou thrombose ? Ce coup en traître du corps – que tant redoutent ! – ne provoque aucun remous intérieur. Je reste de marbre face à l’éventualité d’un accident. Dans une indifférence totale, dont la matérialisation adhère si parfaitement à ce que j’en pressentais que je m’en trouve curieusement ragaillardie.

Car quoiqu’il en soit, que peut-il bien m’arriver ?

Mes enfants sont sur pied, ce sont deux très jeunes adultes mais suffisamment armés pour avancer seuls dans la vie. J’ai eu l’inestimable chance de pouvoir grandir, étudier, voyager, développer curiosité et créativité, donner la vie, et aimer. Seul « inconnu » de ce parcours, l’état amoureux simultanément partagé. Mais il est désormais trop tard. Au-delà d’un demi-siècle d’âge, les femmes ne font plus rêver grand-monde. Et au fond, pour quel résultat ? J’aurai connu des formes d’amitié et d’amour moins brûlantes sans doute, mais durables. La messe est dite, je peux me lever sans laisser d’autre regret derrière moi.

Tout en marchant vers l’officine, je souris à cette expérience inédite pour moi consistant à se confronter à la possibilité de sa propre mort. Avant de partir, je suis montée voir mes enfants dans leurs chambres, leur ai dit en riant que je les aimais et avais bien vécu, et de faire une belle fête pour mon enterrement. Je ne crois jamais avoir rien dit de plus honnête qu’en cet instant précis.

Un pas léger après l’autre, j’avance sourire aux lèvres vers l’éventualité de ma disparition. Car oui, je trouve gaie l’idée de fausser compagnie à cette chronique d’une répétition annoncée à laquelle la vie nous confronte en vieillissant, quoique nous en puissions dire.

En ouvrant la porte de la pharmacie, j’ai pensé aux derniers mots de mon arrière grand-père à sa femme, sur son lit de mort : « Marguerite, je n’ai qu’un seul regret. Ne pas t’avoir appris à faire de la bicyclette. » Dernière miette de vie, qu’on pourrait trop vite croire insignifiante, au moment même de se quitter pour toujours.

Mais si drôle et touchante, du fait même d’être dérisoire. L’histoire d’une vie, de toutes nos vies.


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« C’est tellement bizarre que ce soit toi qui me dises ça »

Vacances en famille. J’ai 9 ans, viens de me moquer d’une cousine. Mon grand-père se lève et me prend par la main.

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« Elle porte le monde en elle »

Virgule de fin.

« Elle porte le monde en elle » : ton commentaire vient d’interrompre les quelques secondes de silence qui ont suivi la chanson que nous venons d’écouter, dans cette concentration mutuelle si particulière qui – il me semble – nous relie lorsque nous nous invitons dans nos univers respectifs. Lire la suite

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Ce n’est qu’un au revoir

« Je pars vivre au Japon » : toute à ma joie de ce projet, je t’ai à peine laissé le temps d’entrer que je te livre – sans préambule – l’information que je brûlais de te faire partager.
Son impact sur toi me dégrise d’un coup. Lire la suite

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Ta chemise blanche

Mardi après-midi. Café en terrasse au soleil, débrief « réseau » entre amis.

« Tu as des nouvelles de Philippe ? »

Philippe. Quand j’entends ton prénom, ce n’est pas ton visage qui m’apparaît, mais ta chemise blanche. Je ne t’ai jamais connu qu’avec.

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Tu ne me dois rien

20 juillet.

Soirée « filles » avec S. Un peu fumé, et surtout beaucoup bu et ri, vautrées l’une contre l’autre sur le canapé. La douceur de sa peau ne cesse de m’étonner. Lire la suite

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