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« Tu es devenue bien calme. »

Le soleil se couche, nous sommes aux premières loges. D’un geste, tu as enlevé tes lunettes pour les essuyer, et je t’envie le flou dans lequel ce geste te permet de te réfugier.

Je brûle de te demander comment tu vois le monde en cet instant, mais sais que je n’obtiendrai aucune réponse. Tu as remis tes lunettes, et déjà, tu t’es absenté dans la contemplation de l’horizon qui vire au rose shocking.

En silence, je t’oublie moi aussi, et le couchant desserre peu à peu l’étau d’un présent qui me devient chaque année plus difficile à rêver : recouvrant le paysage alentour, les couleurs explosent et appellent à se taire, évacuer toute pensée pour faire place en soi au calme de l’espace. Précieux levers et couchers de soleil, dont chacun peut convoquer la beauté lorsque la laideur du réel nous abîme dans les culs de basse-fosse de l’angoisse.

Alors même que le soleil s’apprête à disparaître, la légère inquiétude que contient ce basculement fait place ce soir à un inhabituel sentiment de stabilité. Étonnée, je réalise que cette chute à venir ne suscite en moi ni tension, ni suspense, mais que je suis suspendue, figée hors temps dans l’ambre du couchant. Apparaître, disparaître, réapparaître, au fond, quelle importance ? Pour l’heure, la liesse de la lumière vespérale m’offre un fragment de réponse à l’éternelle question de ce qui peut bien nous soutenir face à la mort, en me donnant l’occasion inespérée de vivre une expérience de pure intensité, d’autant plus importante lorsque la traversée d’épreuves particulièrement dures nous inflige la perte du mouvement du sentiment, écrasant ou refoulant si profondément en nous la tendresse qu’il nous devient ensuite impossible de la manifester.

Rouge, une plaie suinte, nourrie par l’impression glaçante que ma vie s’est écartée de l’émotion pour se réfugier dans la pensée, en une palpitation froide comme la métaphysique. Mais pour l’heure, la beauté du couchant cautérise, dénoue – un temps – ce nœud gordien qui m’étrangle sans que je puisse même envisager de le trancher : « La privation du sentiment, avec la douleur de ne s’en pouvoir passer ».

***

*Citation de Mme Du Deffand, dans sa correspondance à D’Alembert.

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« Tu dors ? »

Nuit agitée. Réveillé par mes soubresauts, tu t’inquiètes d’un possible cauchemar.

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« Je me suis levé. »

Molenbeek, Bruxelles. Défavorisé, le quartier a mauvaise réputation. Lire la suite

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« Rien n’étant prévu, tout peut arriver. »

Une tourterelle niche dans le noisetier. Détail minuscule, au cœur d’une vie que la pandémie ramène à son principe élémentaire : être présent à ce qui advient. Lire la suite

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« Appelez-moi le responsable. »

Le confinement est à peine entamé, et déjà l’on entend parler de « décompte nécessaire » des responsabilités à la « libération ». Prémices délétères.

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« Tu es une très belle femme. »

Sur la table lumineuse, les radios, affichées. Passée aux rayons X, je contemple mes intérieurs. Mais je ne me vois pas de l’intérieur. Lire la suite

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« Même quand tu es là, tu n’es pas là. »

Journée à la mer. Retrouver l’horizon, sa surface. Et s’y déployer. Lire la suite

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« C’est le corps et la tête qui se font la guerre »

Il pleut, encore ! Cet été, pour la première fois de mon existence, je n’ai pu prendre de vacances et le soleil me manque. Je ne sais plus où j’en suis. Lire la suite

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« Tu tiens la distance »

De la boîte de dentelles versée sur la table, j’ai extrait deux mouchoirs en batiste finement brodés. Délicates reliques familiales d’une époque qui ignorait l’obsolescence programmée, ils vont intégrer l’épopée contemporaine du Zéro Déchet. Lire la suite

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« Je garde le souvenir de tes cheveux châtain »

Samedi, 10 heures à peine. A côté de ton café, le serveur a déposé une bière. Ce n’est pas la première de ta journée, je l’ai lu dans tes yeux quand tu es arrivé. Lire la suite

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