« Energie atomique, oui, merci. »

Prémices d’été. En terrasse, le soleil pétrifie les vivants.
J’attends mon bus, scrute les visages aux paupières fermées, offerts toute garde baissée aux regards des passants. La peur archaïque qu’en l’autre puisse toujours présider un prédateur s’est visiblement effacée. J’ai aimé regarder mes enfants dormir, éprouvé la tendre et instinctive impulsion que nous portons à protéger farouchement l’abandon confiant de leur sommeil de toute agression extérieure. Pour l’heure, je crédite donc l’humanité d’une bienveillance universelle et partagée. La paix règne dans le monde urbain.

A l’instar de mes congénères attablés dans le café d’en face, je sens ma peau absorber la chaleur, la diffuser subtilement à chaque parcelle de mon corps. A l’intérieur, mes atomes s’agitent, fissurent en milliers de particules d’énergie mon habituel sentiment d’individualité corporelle .

Me revient en mémoire la définition du mot individu, qui est la forme latine du mot grec désignant l’atome, à savoir ce qui ne peut être coupé ou divisé en parts séparées, soit le plus petit degré d’unité. Je songe à Alan W. Watts, qui écrivait qu’on ne peut couper la tête de quelqu’un ou lui enlever le cœur sans le tuer, mais qu’on peut tout aussi efficacement arriver au même résultat en le séparant de son environnement. Ce qui – explique-t-il –  implique que le seul véritable atome est l’univers, ce système holistique de choses-événements interdépendants qui ne peuvent être séparés les uns des autres que par le fait de leur donner un nom.

Lumière subite dans mon esprit. La chaleur, en abolissant mon statut d’individu porteur de ce nom, a gommé la frontière qui me sépare si souvent d’autrui et de la réalité extérieure. Mon sang est arrivé à son point d’ébullition, je suis désormais pure énergie, connectée au grand Tout de l’Univers.

Le bus arrive. II est temps de se lever, de se rafraîchir. Des clients du café nous ont rejoints, avec une souplesse inhabituelle dans la démarche, un rien de douceur accablée. Leurs yeux brillent encore, l’un deux m’adresse un gentil sourire. Je le lui rends avec gratitude.

Soudure est faite. Le grand astre réparateur a fait son œuvre.

Enregistrer

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s